rituels de démarrage de cours, Ph Meirieu

Publié le par la-dissemination-des-bulles.over-blog.org

" Il existait traditionnellement des rituels qui scandaient les différents moments des
activités scolaires. En particulier, l'entrée dans la classe se faisait, le plus souvent, en
rang et chaque élève restait quelques instants debout auprès de sa table, immobile
et en silence. Ce rituel, largement accepté par tous, avait un sens : il marquait la
césure et, en quelques secondes, l'esprit de l'élève devait « pivoter » pour se rendre
disponible à une activité intellectuelle nouvelle.
Bien sûr, ce rituel ne fonctionnait que parce qu'il était porté par toute l'institution qui
en assumait la portée et qu'il était accepté par chaque élève qui, plus ou moins
consciemment, en percevait la fécondité. Ce rituel était aussi lié à la perception
générale de l'institution scolaire : l'Ecole « en imposait » et son architecture, le climat
qui y régnait, favorisaient certains comportements, un peu comme c'est encore le
cas aujourd'hui pour un opéra, un théâtre, un tribunal, etc.


Or, à quoi assistons-nous aujourd'hui ?

 

Les écoles et, surtout, les collèges ont beaucoup perdu de leur signification
symbolique : l'architecture de la « maison scolaire », l'organisation matérielle de la
classe ne « parlent » plus aux élèves ? Nous avons, dans ce domaine, un déficit
considérable et il faut absolument développer les recherches en architecture ou en
ergonomie scolaires. Il nous faut aussi, très concrètement, travailler sur
l'organisation, la décoration et l'installation de nos classes. Il ne faut pas nous
résigner à la « boîte à chaussures » indifférenciée... et nous devons faire entendre
notre voix, sur cette question, dans les différentes instances de nos établissements.

 

Cela dit, il reste à répondre très concrètement à l'urgence que vous évoquez... Il ne
me paraît pas possible de revenir, de manière autoritaire et artificielle, à des rituels
considérés comme désuets. En revanche, nous devons inventer, dans les contraintes
et les situations qui nous sont imposées, des rituels féconds : c'est à dire des
rituels qui rendent visibles les césures nécessaires à l'organisation scolaire
et qui soient utiles pour les élèves et leurs apprentissages. Permettez-moi un
exemple emprunté à ma pratique de professeur de Lettres, aussi bien en collège
qu'en lycée professionnel : convaincu de la nécessité de mettre les élèves « en
situation mentale » propice au travail que je devais faire avec eux, j'ai décidé de faire
figurer, au début de chaque séquence de mes cours, une citation littéraire au tableau
avant l'entrée des élèves. Je me mettais ensuite à la porte et faisais entrer les élèves
un par un en silence. Durant les cinq premières minutes du cours, chaque élève
devait noter cette citation sur son carnet et s'efforcer de l'apprendre par coeur. A
partir du second trimestre, je passais le relais aux élèves : chacun d'entre eux, à son
tour, devait venir inscrire une citation au tableau... Triple avantage : 1) on institue
ainsi un temps de césure qui favorise une disposition mentale et permet de démarrer
le cours dans de meilleures conditions ; 2) on favorise la mémorisation, on enrichit le

élèves et on nourrit leur curiosité intellectuelle.

 

Bien évidemment, cette proposition n'est qu'une technique parmi d'autres adaptée à
une discipline particulière. Il convient de réfléchir, chaque fois, en fonction de l'âge
des élèves et des spécificités de la matière enseignée, à la nature du rituel le plus
fécond (ce ne sera évidemment pas le même en EPS, en géographie, en physique et
en langue vivante...).

 

Enfin, il faut également réfléchir aux césures à l'intérieur d'une séquence de
cours. Il est très important, en effet, de marquer, par des rituels adaptés, les
passages entre le travail collectif, le travail individuel, les travaux de groupes, les
moments d'expérimentation, de lecture silencieuse, etc... Chaque fois, il est
indispensable de clarifier les attentes auprès des élèves : « Qu'est-ce-que l'on va
faire ? Qu'est-ce-que cela exige de chacun ? Comment on va y parvenir ? ». Il est
aussi fondamental d'être ferme sur les consignes, d'éviter de laisser des situations
flottantes où plus personne ne sait exactement ni ce qui est attendu de chacun, ni ce
qui est interdit. Le principe essentiel est qu'à chaque moment le maître
incarne et mette en place concrètement une situation d'apprentissage
clairement identifiée."

 

 

source:

www.meirieu.com

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article