le travail en groupe, Ph. Meirieu

Publié le par la-dissemination-des-bulles.over-blog.org

" Il n'existe pas une forme unique de travail de groupe. Et, effectivement, l'injonction
qui consiste à dire aux élèves : « Mettez-vous en groupes pour faire cet exercice,
étudier ce texte ou faire une telle expérience ! » n'est, en rien, une consigne
pédagogique. Tout au contraire, ce type de fonctionnement va entraîner la classe
vers une division du travail : les élèves traditionnellement travailleurs et appliqués
s'efforcent de contribuer à la tâche selon leur « spécialité » antérieure ; les autres,
quand ils ne perturbent pas le fonctionnement du groupe, se contentent de chômer,
car s'ils s'impliquaient, ils risqueraient de faire baisser le niveau et de rendre le
résultat final plus médiocre.


Il faut donc une véritable « gestion pédagogique » du travail de groupe. Le
principe de cette gestion est que le groupe doit fonctionner de manière à garantir la
progression de chacun et être minutieusement préparé pour cela.

 

Quelques exemples, bien évidemment, non exhaustifs :


• Le « groupe de reformulation » : après une explication "magistrale" de dix
minutes au cours de laquelle les élèves ne prennent pas de notes, le professeur
demande à chacun de formuler à son voisin la réponse à une question inscrite au
tableau. Les élèves recoupent leur formulation et tentent de s'expliquer
réciproquement ce qu'ils ont compris. Puis, chaque élève doit rédiger sa propre
réponse par écrit.


• Le « groupe de synthèse » : à un moment donné d'une progression
pédagogique, le professeur estime qu'il serait utile aux élèves de confronter divers
exemples, textes, illustrations, afin de mieux comprendre une « question », une
« loi », une « notion », un « concept ». Le professeur demande à chaque élève
d'étudier un exemple (et un seul) pendant un temps donné (avec quelques
questions-guides). Puis les élèves sont regroupés de telle manière que chaque
exemple étudié soit représenté par un élève dans le groupe. Il est alors demandé à
chacun de présenter à tour de rôle à ses camarades ce qu'il a travaillé . Les élèves
ont été, auparavant, informés qu'ils auront à faire chacun la synthèse en répondant
individuellement à une question ou en rédigeant un document répondant à des
exigences précises.


• Les « intergroupes » : il s'agit, ici, de croiser deux formes de regroupements,
un groupement où les élèves travaillent sur un même objet (mais chaque groupe sur
un objet différent) et un « intergroupe » où les élèves se retrouvent dans la position
décrite ci-dessus du « groupe de synthèse ». Cette technique présente plusieurs
avantages : elle enrichit la pratique du « groupe de synthèse » en la faisant précéder

d'un travail préliminaire qui permet d'aller plus loin sur chaque élément ; elle finalise
ce travail préliminaire, puisque chacun sait qu'il devra être le « porte-parole » de son
groupe dans l' "intergroupe ". Plus trivialement encore, cette technique favorise le
brassage et forme les élèves à une communication exigeante.


• Le « groupe de création » : la créativité peut, dans tous les domaines, être
stimulée par des rencontres imprévues. A ce titre, le travail de groupe peut jouer un
rôle important dès lors que des élèves ont travaillé antérieurement dans des
registres différents et qu'il faut mobiliser ensemble pour créer une oeuvre collective.
Ce dispositif est plus difficile à manier que les précédents, dans la mesure où il peut
favoriser, à la fois, une distribution trop rigide des tâches (avec la spécialisation des
élèves dans ce qu'ils savent déjà faire) et une focalisation trop forte sur la tâche au
détriment des progressions individuelles. Pour utiliser cette technique (en particulier
dans le domaine des langues et des arts), il convient donc d'être vigilant, de
proposer une rotation systématique de taches et d'imposer une évaluation
individuelle des acquis.


• Le « groupe de perfectionnement » : il est possible d'utiliser le travail en
petits groupes pour aider les élèves à acquérir un regard critique décentré sur leurs
propres travaux. Ce dispositif s'appuie sur deux éléments forts : 1/ l'exigence à
l'égard de son propre travail consiste à anticiper les objections possibles des autres
et à y répondre par avance ; 2/ chacun acquiert cette capacité à partir de
l'interlocution de l'autre, qu'il doit d'abord entendre et, ensuite, reprendre à son
compte. On peut ainsi mettre des élèves en petits groupes de correction en leur
demandant chacun, à tour de rôle, de présenter leur travail et d'entendre les
critiques des autres. Pour que cela soit utile, il est évidemment impératif que chacun
soit contraint ensuite de reprendre son travail et de l'améliorer. Le « groupe de
perfectionnement » est une étape et ne peut être confondu avec un « groupe
d'évaluation ».


Il existe beaucoup d'autres utilisations possibles du groupe en classe. Il faut toujours
les référer aux objectifs de la séquence dans son ensemble. Le travail de groupe,
ainsi situé, peut efficacement introduire de la diversité pédagogique tout en
accroissant l'implication des élèves dans leurs apprentissages et rendre ceux-ci plus
efficaces."

 

source:

www.meirieu.com

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